Les armes paysannes au XIIe siècle




Last updated: mardi 22 décembre 2015




Les paysans ont pu s’opposer ou s’ajouter aux forces seigneuriales.


1 – Révoltes paysannes :


Le chroniqueur Jean de Worcester (1095-1140) rapporte une série de cauchemars du roi Henri Ier Beauclerc en 1130. On voit sur deux folios trois enluminures qui présentent successivement le roi allongé en présence d’un des trois ordres : les paysans, les chevaliers puis le clergé (Oxford, Corpus Christi College, MS 157, pp. 382-83). Chacun des ordres vient rappeler au roi les promesses qu’il avait écrit dans sa charte de couronnement en 1100.


Les trois paysans représentés avec la liste de leurs revendications sont armés respectivement :

– d’une pelle ferrée,

– d’une fourche métallique (on distingue la douille pour l’emmanchement) à deux dents et

– d’une faux.


Voir ces folios sur le site de la British Library.

La quatrième enluminure montre Henri Ier, juste après ces cauchemars, pris dans une tempête sur la Manche qui ne s’apaisa que lorsqu’il promit de ne pas collecter le danelaw pendant 7 ans, de se rendre en pèlerinage à Bury St Edmond et de toujours préserver la justice en Angleterre.


Les peintures murales de la chapelle de Pritz, à Laval, de la première moitié du XIIe siècle, nous montrent un faucheur et sa faux pour illustrer les travaux du mois de juin. On y voit également la faucille pour juillet et le fléau de paysan pour août.

Voir ces photos sur le site de la chapelle de Pritz.

Les mêmes motifs se retrouvent autour de la nef de l’église St Germain l’Auxerois de Manéglise, datés du XIVe siècle. Une représentation de fléau du début XIIe siècle se trouve sur le f°148 d’un Moralia in Job de Citeaux  (Dijon, BM, Ms 0173, f°148).


Voir ce folio sur la base Enluminure.


La faucille est représentée dans cette scène du psautier de Fécamp :

psautier-de-fecamp-aisling-1198-150-det

Psautier de Fécamp, La Haye, Konigsliche Bibliothek, 76 F 13, vers 1180, par Tanaël. Pose de feuille d’or au canivet et bruni à la pierre d’agate, 2014.

 


Le folio 6v du même Psautier de Fécamp montre la fenaison. Quatre personnages manient des fourches en bois à deux dents, un rateau et une faux à deux potences (Mane 2004:100). Une autre faux XIIe s. se trouve dans l’ouvrage de Perrine Mane p. 94 du Martyrologe d’Adone.


François Sigaut mentionne l’introduction de la faux par les anglo-normands en Irlande lors de sa conquête, fin XIIe siècle (2003:283). Il précise : « La première lame de faux de type « moderne » a été découverte à Kherkove, en Belgique, près d’Audenarde, et datée de la première moitiée du VIIIe siècle. » (Sigaut 2003:286) Cette « modernité » correspond à une lame large, dont la faible épaisseur est compensée par une forte arête dorsale « qui fait saillie sur sa face supérieure et qui donne à l’outil sa résistance et sa rigidité; et la lame s’attache au manche par une queue qui fait un angle de 90° avec le dos, et de 20° environ avec le plan de la lame. » (Sigaut 2003:289)


Un autre outil : le coupe-branche ou croissant

L’élagage des haies dont les branches servaient à faire des fagots mais aussi l’entretien des accès aux champs et le nettoyage de leur bordure se faisaient à l’aide de serpes et de serpettes et sans doute de croissants. A monture à douille et long manche, cet outil encore utilisé pour couper broussailles et ronces est, semble-t-il, attesté à l’Isle-Bouzont par l’extrémité d’une lame large (3 cm) à courbure régulière. […] Deux serpes de grande taille à peu près contemporaines (XII-XIIIe siècles) ont sans doute servi à couper des branches pour la confection de fagots ou de piquets. Leur lame, robuste et relativement étroite, possède un dos large […].

(Lassure 2003:180)


Un coupe branche est représenté sur le f°41 d’un Moralia in Job de Citeaux datant du premiers tiers du XIIe siècle (Dijon, BM, Ms 0173, f°041).

Voir ce folio sur la base Enluminure




2 – Ajout aux forces seigneuriales ou ecclésiastiques :


En 1176, Henri II charge Richard de pacifier les chemins de St Jacques entre Bordeaux et les Pyrénées. Richard célèbre Noël à Bordeaux puis attaque en hiver pendant que les autres célèbrent encore Noël. Le 9 janvier : Dax et Bayonne sont assiégées et prises. Le château St Pierre et une autre forteresse près du port de Cize sont pris et réduits ou détruits. Les chefs des communautés basques et navarraises jurent de respecter la paix et de laisser libre passage aux pèlerins. Richard fait alors annoncer à son père qu’il a pacifié l’Aquitaine. Mais les mercenaires Brabançons débauchés mettent à sac le Limousin. Une armée de « paix » de seigneurs et manants les massacre à Malemort près de Brive le 21 avril (aujourd’hui Malemort-sur-Corrèze).


Bibliographie :

FLORI Jean, 1999, Richard Cœur de Lion, le roi chevalier, Biographie Payot, p 53.

GILLINGHAM John, 1978/1996, Richard Cœur de Lion, Éditions Noêsis, Paris.

HAR Katherine, 2015, The Peasants Are Revolting: The Coronation Charter of Henri I, Medieval manuscript Blog, British Library, 5 août 2015. (Voir en ligne).

LASSURE Jean-Michel, 2003, L’outillage agricole médiéval en Midi-Pyrénées, dans COMET Georges, L’outillage agricole médiéval et moderne et son histoire, Actes des XXIIIes Journées Internationales d’Histoire de l’Abbaye de Flaran 7,8,9 sept 2001, Presses Universitaires du Mirail.

MANE Perrine, 2004, La vie dans les campagnes au Moyen Âge à travers les calendriers, Paris, La Martinière.

SIGAUT François, 2003, La faux, un outil emblématique de l’agriculture européenne, dans COMET Georges, L’outillage agricole médiéval et moderne et son histoire, Actes des XXIIIes Journées Internationales d’Histoire de l’Abbaye de Flaran 7,8,9 sept 2001, Presses Universitaires du Mirail.

 

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