Renard et poules – 1, après le Moyen Age


 

En prolongement, voici des mentions du jeu après le Moyen Age :

 

  • Un plateau XVIe siècle en pierre est conservé au musée de Buda, avec les diagonales.1

 

Le jeu va évoluer en Europe au XVIe siècle vers une pratique sur échiquier2 (voir le journal du jeune Louis XIII) qui correspond à la grande mode pour les dames, les poules sont alors 12 et occupent les cases blanches de 3 lignes, contre un renard. Cela limite les déplacements du chasseur. (3 diagrammes dans un manuscrit XVIe s., B.M. de Pérouse, Italie ; France,3 à 1 renard contre 12 poules. Il précise que pour les poules, il est encore possible de bloquer le renard même une fois réduites à 9. C’est pour cela que certains ajoutent un deuxième renard ; les deux renards devant se déplacer alternativement. Par ailleurs, il peut y avoir 13 à 16 poules, ce qui revient au manuscrit italien. )

renard 1 b Italie - Aisling-1198

Schéma d’un plateau rencontré 6 fois en Italie par Marisa Uberti

 

Cette évolution semble cohérente avec un tracé présenté par Marisa Uberti dans son recensement des graffiti de marelles. 3 exemplaires relevés en Italie à Colonnata, Collodi Castello et Zogno. ((Pour plus d’informations, voir UBERTI Marisa, The Merels board Enigma, with the worldwide census, publié à compte d’auteur, traduit de l’italien par Gianluca Toro, 2012 (ilmiolibro.it) existe aussi en version numérique. Les 3 plateaux en question se trouvent pp. 288-290)) On a pu y jouer à 12 contre 1 au Renard.

 




Parallèlement à ces essais, le jeu perdure sur un plateau en croix.


Une autre évolution parallèle, est la limitation du déplacement des poules qui semble avoir coïncidé  avec l’augmentation de leur nombre. D’abord deux de plus pour atteindre 15 et encore deux pour faire 174

  •  le diagramme d’une variante vénitienne du XVIe siècle est conservé dans un recueil de jeu au Albert & Victoria Museum de Londres5. Elle comporte 2 intersections de plus dans les deux dimensions de la croix.

 

renard et poule XVI Venise Aisling-1198

Tracé du jeu vénitien XVIe s. d’après Murray, 1951

 

Selon Murray, la limitation progressive des déplacements diagonaux va conduire à la suppression des diagonales sur certains plateaux. Renard et oies s’y déplacent orthogonalement. Les oies ne peuvent aller qu’en avant et sur les côtés.

 

  •  En France, la première mention écrite du jeu du Renard est celle de Pantagruel, Rabelais, 1532

« Puis tout lordement grignotant d’un transon de graces, se lavoit les mains de vin frais, s’escuroit les dens avec un pied de porc et devisoit joyeusement avec ses gens; puis, le verd estendu, l’on desployoit force chartes, force dez et renfort de tabliers. Là jouoyt: […]à la mourre, aux eschetz, au renard, au marelles … »  (source Jocari.be)

  •  En 1606-1608, le Dauphin, futur Louis XIII, joue aux poules et au renard (Source Jocari.be)

 » AVRIL 1606. Le 11, mardi. — Mme de Vitry lui donne des poules et un renard d’ivoire.  »

 » DECEMBRE 1606   Le 4, lundi. — M. d’Arquien le vient voir, revenant de Metz. Il joue aux poules pour enfermer le renard, avec patience et froideur, demande : Doundoun, que faut-il jouer? et chante en jouant comme une grande personne qui ne laisse pas de regarder et de considérer son jeu (…) »

 » ANNÉE 1607,[Janvier] Le 4, jeudi. — M. le baron de la Châtre le vient voir, allant à la Cour. Après souper il joue aux poules et au renard contre M. de Belmont. En jouant M. le Chevalier appelle M. de Belmont son lieutenant. Il le regarde en colère, songe, puis le veut frapper, lui veut jeter les poules qu’il ramasse, puis l’échiquier. M. de Belmont, qui étoit lieutenant de M. de Mansan, lui dit : « Monsieur, pourquoi voulez- vous le frapper? » — C’est parce qu’il vous a appelé son lieutenant, et vous êtes à moi. — « Mais, Monsieur, il ne le faut pas battre pour cela. » — Ho ! mais c’est qu’il veut tout ! .  »
Journal de Jean Héroard sur l’enfance et la jeunesse de Louix XIII (1601-1628) : extrait des manuscrits originaux, Paris, Librairie de Firmin Didot Frères, Fils et Cie, 1868, t. I, p. 183, 231 et 240.

 

  • 1633, Shackley Marmion, A fine companion (II.v) “Let him sit in the ship… and play fox-and-geese with the foreman”6
  • 1654 : Le premier recueil de règles ! Contient les règles de jeux de cartes (Piquet, Hoc), Trictrac, Billard, Paume, Jeu de l’Oie et de la Chouette, Renard et Poules…  Le Renard est opposé à 13 poules sur un plateau en croix. Louis De La Marinière , La Maison académique, contenant un recueil général de tous les jeux divertissans pour se réjouyr agréablement dans les bonnes compagnies,  Paris, Robert de Nain et Marin Leché, Bibliothèque Nationale de France, paris7 Le plateau en croix est comparé à celui du jeu d’Assaut ou jeu de la guerre, qui existe donc déjà.

Fortune ici bas tourne-boule

Tourne choses parle hasard

Par fois, le Renard prend la Poule

La Poule par fois le Renard.

  • 1656; Lovelace, Giochimo, “Men that could only fool at fox-and-geese are new-made politicians by this book.”((MURRAY Harold James Ruthven, 1951, op. cit., p. 102))
  • 1665 Jeux de cartes, billard, Renard et Poules, Jeu de l’Oie et des variantes, échecs. La Maison des Jeux académiques, contenant un recueil général de tous les jeux divertissants pour se réjouir, & passer le temps agréablement, A Paris, chez Estienne Loyson, au Palais, à l’entrée de la Galerie des Prisonniers, au Nom de Jesus. M. DC. LXV. avec Privilège du Roi. 13 oies qui ne peuvent se déplacer ni en diagonale, ni en arrière.8
  • 1681, Angleterre, Randle HOLME, Academy of armory : 15 oies. Idem en 1861, C. H. BENNETT, Games of skill and conjuring.9 Le premier il mentionne un jeu avec deux renards puis trois et préfigure l’Asalto10

 

  • On trouve encore trace de ce jeu en 1798  dans le Dictionnaire de l’Académie française, Paris, Cinquième édition, p. 463.On appelle Jeu du Renard, Un jeu où une pièce distinguée, qu’on appelle Renard, en attaque douze autres qu’on appelle Poules. 12 poules, cela correspond au jeu sur échiquier. (Source Jocari.be)

 

  • 1830, Angleterre, STRUTT, Sports ans pastimes of the people of England, 1838 : 17 oies se déplaçant orthogonalement et pas en arrière11

 

  • 1839, France, ce jeu est nommé marelle quintuple, Grande Encyclopédie des Jeux, Paris, T. Moulidars : 17 oies se déplaçant orthogonalement et pas en arrière. Certains limitent le renard orthogonalement, cela le condamne ; d’autres lui laissent son déplacement initial en diagonale mais limitent la prise en ne l’autorisant qu’orthogonalement. Certains autorisent le renard à des prises multiples mais c’est mieux de ne permettre qu’une prise par tour. Si un renard omet de manger, il est soufflé (nous sommes au XIXe s.), cependant, comme il est seul, c’est une nouvelle oie qui entre par sa ligne de fond.12
  • 1839 : Suède, 22 oies sur un plateau de solitaire français, déplacement orthogonaux13

 

  • 1840 : TRESSAN décrit l’assaut, avec 2 officiers contre 24 soldats, une ligne délimite la branche « forteresse ».
  • 1855 : prise de Sébastopol,  jeu d’Assaut14
  • 1857 : révolte des Cipayes en Inde, donne son nom à l’Asalto en Grande-Bretagne. 3 officiers contre 50 cipayes sur un diagramme élargi.15

 

  • David Parlett pense que le jeu d’asalto peut remonter jusqu’en Allemagne, à la fin du XVIIIe siècle.16 Il décrit les jeux de Chien et ours et Le jeu des chevaliers.

 

  • Un jeu de Renard et poules manuscrit de 1915, réalisé par André Lhôte pour son frère au front, est représenté dans LHOTE Jean-Marie, Histoire des jeux de société et Dictionnaire des jeux, Flammarion, 1994, p.357

 


Fiche réalisée par l’association  Aisling-1198 ;

contact : aisling – neuf.fr

(remplacer le – par @)


Notes:

  1. ENDREI Walter, ZOLNAY Laszlo, Fun and games in old Europe, Corvina, 1986/1988, photo p. 70 []
  2. MURRAY Harold James Ruthven, A history of board-game other than chess, Oxford University Press, Clarendon, 1951, pp. 98-99 d’après Culin []
  3. Pierre MALLET (1668) mentionné par H.J.R. Murray, 1951, p. 105-106 et PARLETT David, The Oxford History of Board Games, Oxford University Press, 1999, pp. 189-190 []
  4. Source et schéma : H.J.R. Murray, 1951, op. cit., p 102 []
  5. Source et schéma : H.J.R. Murray, 1951, op. cit., p 105. []
  6. MURRAY Harold James Ruthven, 1951, op. cit., p. 102 []
  7. source Jocari.be et LHOTE Jean-Marie, Histoire des jeux de société et Dictionnaire des jeux, Flammarion, 1994, p. 596 et 391 []
  8. Source Jocari.be et MURRAY H. J. R., 1951, op. cit., p 103 []
  9. MURRAY Harold James Ruthven, 1951, op. cit., p 103 []
  10. PARLETT David, 1999, pp. 190-191 []
  11. MURRAY Harold James Ruthven, 1951, op. cit., p 103 []
  12. MURRAY Harold James Ruthven, 1951, op. cit., p 104 []
  13. MURRAY Harold James Ruthven, 1951, op. cit., p 104 []
  14. LHOTE Jean-Marie, 1994, p. 391 et 393 []
  15. LHOTE Jean-Marie, 1994, p. 391 []
  16. PARLETT David, 1999, op. cit., pp. 191-192 []

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