Les changements de blason de Richard Coeur de Lion et de Jean Sans Terre




Last updated: mardi 22 décembre 2015


Richard Cœur de lion (1157-1199)

Il est adoubé à la Pâques 1173 par Louis VII, roi de France à Paris. Il vient de prêter au roi de France, avec ses frères Geoffroy et Henri le Jeune, en présence de Guillaume Roi d’Ecosse, du comte de Blois, du comte de Flandres et du comte de Boulogne1, serment de ne jamais cesser la lutte armée contre son père, fortement poussé dans ce sens par sa mère Aliénor d’Aquitaine. A cette occasion le jeune Richard cœur de Lion revêt-il des armoiries ? Use-t-il de celles de son parrain d’armes Louis VII, dont nous ne possédons aucune trace sigillaire armoriée ?


« Si l’on en croît les seuls témoignages sigillaires, Henri II n’a jamais fait usage d’armoiries. Il en va de même de son contemporain le roi de France Louis VII et des autres souverains de la chrétienté occidentale ayant régné entre 1150/1160 et 1180/1190. Les rois ne semblent avoir adopté des armoiries qu’assez tardivement, plus tardivement que les grands seigneurs. »2.


Richard devient comte de Poitiers et duc d’Aquitaine de 1171-1172.


Il devient roi d’Angleterre en 1189 à la mort de son père Henri II. Richard usera à ce titre d’un sceau à partir de 1189, où il trône en majesté sur l’avers et à cheval sur le revers, portant un bouclier au lion rampant et un umbo pointu.

Etant donné la courbure du bouclier, cela laisse supposer que nous n’en apercevons que la moitié. Le texte suivant vient compléter la source sigillaire :


Le roi bondit sur sa monture et s’installa sur une selle étincelante d’or, de rouge brillant et de beaucoup d’autres teintes scintillantes intermédiaires. A l’arrière de la selle, une paire de petits lions dorés, rugissants se faisant face, chacun d’eux portant une patte de devant étirée vers l’autre comme pour s’entredéchirer. épisode de Chypre en 1191, Itenerarium Peregrinorum et Gesta Regis Ricardi,




Nous pouvons raisonnablement émettre l’hypothèse que Richard arborait deux lions rampants affrontés. Cependant, on ne peut que conjecturer la détermination chromatique d’icelles. Deux hypothèses s’offrent à nous :

1. de gueules à deux lions rampants affrontés d’or Il reprendrait à son compte le couple OR/GUEULES qui deviendrait deux générations plus tard un couple chromatique dynaste symptomatique des rois d’Angleterre.


2. d’azur à deux lions rampants affrontés d’or Le couple OR/AZUR est lié depuis peu à la couronne de France. Ce serait pour honorer son parrain d’armes Louis VII ? Une autre possibilité : Geoffroy Plantagenêt, son grand-père, a hérité d’armoiries posthumes « d’azur au semé de lion d’or »3. Se pourrait-il qu’en froid avec son père, il ait quand même choisi de se légitimer par rapport aux armoiries de son grand-père ? Tout ceci ne sont que des hypothèses.


Les deux possibilités chromatiques du premier blason royal de Richard Coeur de Lion, 1189-1194, Aisling-1198




Lors de son retour de Terre Sainte, après la captivité dans le Saint Empire Germanique, en 1194, Richard est à nouveau couronné roi d’Angleterre le 17 avril. Ce second couronnement a pour but de restaurer le pouvoir de Richard. De nombreux actes ont été signés en l’absence de Richard. Pour être authentifiés, ils doivent être signés par le nouveau sceau. Sur ce nouveau sceau de 1195, seul le revers change, Richard porte un écu à trois léopards. Des deux lions passants supposés d’Henri II, nous passons à trois lions passants regardants de face appelés léopards. Ce sceau sera en usage jusqu’en 1199.


Deuxième blason royal de Richard Coeur de Lion, 1195-1199, réalisation Aisling-1198




Jean comte de Mortain et seigneur d’Irlande dit sans terre :

(fils légitime puîné d’Henri II)


Comme nous l’avons vu précédemment, Jean scelle avec deux lions passants à partir de 1177-11804

sceau équestre de Jean Comte de Mortain vers 1177-1180, tracé de Blanche, Aisling-1198

A cette époque, les rois associaient leurs descendances de leur vivant dans la mesure du possible. Henri II avait déjà associé Henri le jeune au trône d’Angleterre mais ce dernier décèdera le 11 juin 1183. Henri II ne reproduira pas deux fois la même erreur et n’associera plus l’un de ses héritiers de son vivant jusqu’en 1189. Néanmoins, une autre façon de légitimer l’un de ses prétendants, c’est d’être son parrain d’armes et de lui transmettre ses armoiries. En effet, à cette époque, Richard, Geoffroy et Henri le jeune sont en guerre contre leur père, poussés à la révolte par leur mère et le roi de France, Louis VII.
Nous sommes dans les balbutiements du système héraldique, le blason n’est pas encore inféodé à une terre ou à une charge. Cependant nous verrons un peu plus loin dans cet article que Jean n’hésitera pas à changer d’armoiries pour reprendre le pouvoir après son couronnement en 1199.
Ainsi, c’est Henri II qui est le parrain d’armes de Jean sans Terre. On suppose qu’il lui a, comme c’était de coutume, transmis ses armes et comme c’était son fils légitime, on peut supposer qu’il est celui qui aura le moins brisé ou modifié les armoiries de son père.







sceau équestre royal de Jean Sans Terre, 1199, tracé de Blanche, Aisling-1198

En avril 1199, Jean reprend le trône d’Angleterre et commande un nouveau sceau5 où il trône en majesté sur l’avers et figure en portrait équestre sur le revers avec un bouclier sur lequel on distingue 3 lions passants regardants de face appelés léopards. Jean prend les mêmes armes que son frère Richard pour plusieurs raisons :















  • tout d’abord pour se légitimer aux yeux du peuple, évinçant ainsi son neveu, Arthur, fils de Geoffroy duc de Bretagne, qui désigné lors du départ en croisade de Richard, comme héritier à la couronne d’Angleterre. Les revendications du jeune duc sont telles que Jean sans terre le fera assassiner à Rouen en le noyant dans la Seine en 1203 .
  • Jean a le plus longtemps possible entravé la sortie des geôles du Saint Empire Germanique de son frère Richard. De plus, il a cédé à son allié, Philippe Auguste, roi de France et fils inespéré de Louis VII, des places fortes essentielles pour le contrôle du royaume Plantagenêt sur le continent comme Gisors, Tillières, Nonancourt…. Richard n’aura de cesse dans sa fin de règne de tenter de récupérer les châteaux et les terres perdus par Jean. En conséquence, il doit faire amende honorable et se placer dans la même ligne de conduite que son frère et si le blason représente dans une certaine mesure une carte d’identité, en usant du même blason, il poursuivait l’action de son frère.

C’est cette succession volontaire d’armoiries entre Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre qui scelle depuis 1195 (mais qui est roi depuis 1189) d’un sceau à trois léopards et sa reprise en 1199 par Jean sans terre qui va instaurer un usage dynastique pour l’écu à trois léopards dont on ne connaîtra avec certitude le blasonnement que pendant le règne d’Henri III, fils de Jean sans terre et roi d’Angleterre à partir de 1216.


D’armoiries personnelles, nous sommes passés à des armoiries dynastes inhérentes à la fonction de roi d’Angleterre.


Ces trois léopards sont encore aujourd’hui présents dans les armes des rois et reines d’Angleterre.
Les premiers textes qui blasonnent les armes d’Angleterre datent de 1220-1230.


Nous pouvons citer un peu plus tardivement l’« Historia Anglorum » de Mathieu de Paris qui débute par les armes du roi d’Angleterre autour de 1257.




Blanche

Last updated: mardi 22 décembre 2015





Contact : aisling – neuf.fr

(remplacer le – par @)





Notes:

  1. Richard Cœur de Lion, John Gillingham, p102 []
  2. Actes du colloque international de Caen du 6 au 9 avril 1999, Michel Pastoureau []
  3. Email du Mans []
  4. Douët D’Arcq, 1863, n°900, dessin de l’écu d’après le sceau, PASTOUREAU Michel, De Geoffroy à Richard: genèse du léopard Plantagenêt, dans Richard Coeur de Lion, roi d’Angleterre, duc de Normandie, 1157-1199, Actes du Colloque international de Caen, 6-9 avril 1999, p 263. []
  5. Douët D’Arcq, 1868, n°10009bis, photo, PASTOUREAU Michel, De Geoffroy à Richard: genèse du léopard Plantagenêt, dans Richard Coeur de Lion, roi d’Angleterre, duc de Normandie, 1157-1199, Actes du Colloque international de Caen, 6-9 avril 1999, p 263. []

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